05 Novembre 2011   ::    L’artiste e(s)t son modèle    ::   Elina Brotherus

Exposition présentée dans le cadre de la 20ème édition du festival Les Boréales.

 

Entre la Finlande et la France, c’est à un voyage photographique oscillant entre référence à la peinture classique et penchant autobiographique que nous convie Elina Brotherus. Née à Helsinki, l’artiste poursuit une réflexion plastique épurée qui flirte, tout en  justesse, avec l’intime et le grandiose. Autoportraits et paysages s’entrecroisent ainsi en alimentant une œuvre d’une grande cohérence formelle. Dans cet univers nourri d’histoire de l’art, habité par des nus, des baigneurs et des danseurs comme autant d’instantanés en forme de scènes de genre, la photographe actualise les codes de la tradition picturale.

 

A l’occasion de la 20e édition du festival Les Boréales, Le Radar a sélectionné une vingtaine de clichés et deux vidéos réalisées au cours des dix dernières années qui soulignent le lien étroit qu’entretient l’artiste avec son modèle. A la fois devant et derrière l’objectif, Elina Brotherus se fait l’auteur, le guide et l’interprète de ses propres compositions. Sa récente série Artists at work, présentée ici en intégralité, nous entraine dans les coulisses d’un cours de dessin dont elle est le modèle vivant. Ainsi revisités, les sujets classiques de l’atelier et du nu féminin interpellent le regard par un traitement d’une matérialité sans fard. A l’instar des Ménines de Velasquez, ces scènes provoquent une mise en abyme qui accentue l’imbrication entre l’artiste et son modèle. L’ubiquité brouille les pistes autant que les identités. Au passage, l’artiste rappelle que la photographie peut raviver des questionnements visuels a priori réservés à la peinture de chevalet.

 

Attirée par les espaces dépouillés où la simplification des formes permet d’en capturer la part d’essentiel, Elina Brotherus s’intéresse aux fondamentaux des arts visuels: la lumière, la couleur et la dimension. La figure humaine y prend naturellement place comme une fraction d’un tout. D’ailleurs lorsque l’artiste se met en scène, les images ne sombrent pas pour autant dans le personnel ou l’anecdotique, bien au contraire. En décantant la banalité de son environnement elle parvient à en extraire une vision idéalisée car vidée du superflu, délestée d’une trop encombrante narration. Il s’en dégage un profond sentiment de sérénité. Au fond cette recherche de l’harmonie, entre l’homme et la nature, entre l’artiste et son modèle, et finalement l’artiste avec elle-même, relève de l’acte de méditation : un moment rare où la conscience se dissout dans l’existence.

C.P


Radar
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