17 Novembre 2012   ::    La Caméra horloge    ::   Per Hüttner

Dans la cadre du festival Les Boréales

En véritable explorateur, Per Hüttner sonde variété de médiums et de cultures. Son oeuvre, mouvante et épurée, se nourrit d'incessants voyages autant que de ses origines suédoises. Intéressé par les connections entre art, science et société, il s'adonne alors à un savant mélange des genres et des influences. Ainsi l'artiste multiplie les échanges avec des spécialistes ou chercheurs du monde entier afin d'entrecroiser les connaissances. Pour mieux abolir les frontières, il a d'ailleurs créé Vision Forum, une plateforme artistique alimentée par un réseau cosmopolite. C'est donc tout naturellement que son exposition au Radar s'inscrit dans la programmation 2012 du festival Les Boréales.

 

Décapant les évidences, Per Hüttner passe le visible à l'épreuve du doute. Une incertitude jaillit : et si notre nature sensible leurrait notre discernement? Tandis qu'il déstabilise le regard, l'artiste ouvre une piste de réflexion lorsqu'il compare le titre de l'exposition à un kôan, formule déroutante destinée à l'illumination du moine zen. Un défi est lancé à l'observateur. Il s'agit de dépasser les apparences pour parvenir à une prise de conscience plus profonde du monde, photos à l'appui. En explorant les conditions de toute perception du réel, Per Hüttner met volontairement à jour sa subjectivité. Temps et espace deviennent alors les étalons de mesure, personnels et changeant, du monde environnant. S'y greffe une réflexion sur l'identité en tant qu'expérience - ou contingence - du rapport aux choses. Pourtant ses clichés à la fugacité figée revèlent du paradoxe. L'intuition, le ressenti et la raison s'y projettent non sans heurts. En effet ses photographies enigmatiques soulèvent un questionnement spirituel tout en investigant des concepts scientifiques tels que l'espace-temps ou la physique quantique. Ainsi du titre "La caméra horloge" en ce qu'il se réfère au temps de pause prolongé de l'appareil qui enregistre le mouvement en liant l'instant à la matière. Les zones floues agissent comme des singularités, une image dilatée dans la durée qui existe et n'existe pas tout à la fois. Face à ses oeuvres irréelles, les vérités toutes faîtes vacillent.

 

L'idée de flux, de mouvement perpétuel, anime le travail de Per Hüttner. Influencé par les philosophies asiatiques, notamment le taoisme, il considère en effet que les éléments naturels sont en constante évolution ce dont ses images témoignent. Il alterne donc les techniques, privilégiant tour à tour la photographie, la performance, la vidéo ou encore l'installation. Cette mobilité trouve écho dans son refus de figer la représentation. Cultivant l'équivoque, il veille à ne pas verrouiller le sens de ses oeuvres pour conserver une certaine liberté d'interprétation, la sienne et celle des observateurs. D'ailleurs, il se plaît à revenir sur des créations anciennes pour en actualiser le sens. Plutôt que d'épuiser leur contenu, ces incessants retours en arrière amplifient leurs voies d'expression et de compréhensions. Dès lors, son oeuvre s'envisage comme un ensemble continu dont chaque partie rayonne sur les autres dans une frustueuse relation de réciprocité. Un tout, sans fin ni début, en parfait accord avec la pensée bouddhiste.

CP

 


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