16 Novembre 2013   ::    Chambres d'huile - Per Barclay    ::   Barclay Per

 

Per Barclay

Chambres d’huile

 

 

Assurément, les « chambres d’huile » de Per Barclay donnent le vertige. L’artiste norvégien, désormais installé à Turin, réalise depuis quinze ans des photographies de ses installations éphémères où un liquide sombre répandu au sol réfléchit tout l’espace. Ainsi, il joue de l’effet miroir de l’huile noire, quand ce n’est pas de l’eau, du vin, du sang ou du lait. La perspective dédoublée donne alors l’illusion des profondeurs, parfois semblable à un abysse étourdissant. Et tandis que les repères spatiaux s’effritent, le regard plonge dans l’image en quête d’un point de chute. Dans le cadre du festival « Les Boréales » l’exposition présentée au Radar rassemble une dizaine de photographies d’une récente mare d’huile créée en 2010 à la galerie RueVisconti.

 

Le plus souvent réalisées en intérieur, ces « oil rooms » révèlent et travestissent l’architecture du lieu investi. Le choix de l’artiste se porte spontanément vers des sites singuliers ou à forte charge symbolique, bâtiment industriel, librairie, chapelle troglodyte, dont les traits distinctifs sont susceptibles d’être magnifiés. Le reflet, prolongement naturel du lieu, structure l’image par la reprise des lignes de force de l’architecture. Ainsi dotées d’une grande harmonie formelle, les photographies font l’économie du superflu. Rien ne vient en brouiller l’unité. D’ailleurs l’éclat tamisé renvoyée par l’huile sombre accentue l’aspect épuré de l’ensemble, tout d’évidence et de sobriété. Cette élégance traduit bien le parti pris esthétique de Per Barclay.

 

La prédilection de l’artiste pour le grand format permet une immersion totale dans l’image. Ainsi transporté sur le rivage de l’installation, l’observateur en perte de repères se rattache à une appréhension purement physique et plastique de l’espace. Pourtant l’œil ne peut s’empêcher d’en chercher les limites. Par la fusion du haut et du bas, le réel se trouve mis en tension entre le plaisir de la contemplation et la recherche de l’ordre. Mises en scène, les photographies renvoient alors autant aux constructions impossibles de Escher et aux trompe-l’œil qu’au reflet renversé de la « camera obscura ». De cet univers clos sur lui même, le corps est exclu. La mise en abyme fonctionne alors à la fois comme une frontière et une ouverture sur un ailleurs. Pour préserver l’illusion, les installations ne sont d’ailleurs pas destinées à être vues mais seulement photographiées. Rien ne doit troubler le mirage.

 

CP

 


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